La justice chevaleresque : quand l’avocate pénaliste décrypte l’actualité
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La justice chevaleresque : quand l’avocate pénaliste décrypte l’actualité
Dans le tumulte médiatique, les affaires pénales se succèdent, se ressemblent parfois, mais ne laissent jamais indifférents. Chaque semaine, un nouveau dossier fait la une, ravive les passions et interroge notre rapport collectif à la justice. Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur un phénomène qui, à mes yeux d’avocate pénaliste, mérite qu’on s’y attarde : la montée en puissance de la justice émotionnelle.
Quand l’émotion prend le pas sur le droit
Les réseaux sociaux ont transformé la manière dont les affaires pénales sont perçues. Avant même qu’un juge ne se prononce, l’opinion publique a déjà rendu son verdict. On partage, on commente, on accuse, on acquitte… parfois en quelques secondes.
Or, la justice pénale n’est pas un sprint. C’est un chemin exigeant, balisé par des règles, des principes, des garanties. Parmi eux, un pilier fondamental : la présomption d’innocence.
Pourtant, l’actualité récente nous montre combien ce principe est fragilisé. Dès qu’une affaire éclate, les réactions s’enchaînent : “Il faut punir !”, “C’est inadmissible !”, “On ne protège pas assez les victimes !”. Ces réactions sont compréhensibles, humaines même. Mais elles ne doivent jamais dicter la condamnation.
Le rôle de l’avocat, c’est un peu comme un chevalier moderne
Être avocat pénaliste, c’est accepter d’être parfois incompris. Défendre un accusé, ce n’est pas cautionner ses actes. C’est défendre un principe en ce sens que tout individu a droit à un procès équitable.
Dans la vie en société où l’émotion domine, l’avocat devient un chevalier moderne, armé non pas d’une épée, mais des codes, du droit, de son expertise et de la raison.
L’actualité récente nous rappelle que la justice doit résister aux tempêtes médiatiques. Une enquête doit être diligentée sereinement, un procès doit se dérouler contradictoirement et équitablement, et la condamnation doit être proportionnée et tenir compte du dossier dans son intégralité et avec tous ses éléments.
La tentation de la justice expéditive
Face à certains faits divers particulièrement choquants, une partie de l’opinion réclame des réponses immédiates : peines plus lourdes, procédures plus rapides, voire suppression de certaines garanties.
Mais la justice expéditive n’est jamais une bonne justice. Elle peut rassurer momentanément, mais elle fragilise durablement l’État de droit.
L’actualité nous montre aussi que les erreurs judiciaires existent. Et elles surviennent souvent lorsque l’on cède à la précipitation.
Vers une justice plus lisible et plus humaine
Ce que l’actualité révèle surtout, c’est le besoin profond de comprendre.
Comprendre comment fonctionne une enquête.
Comprendre pourquoi un suspect n’est pas incarcéré ou est libéré provisoirement durant une enquête en cours.
Comprendre comment un tribunal fixe une peine.
La justice gagnerait à être plus transparente, plus compréhensible pour tout un chacun. Non pas pour se justifier, mais pour être comprise. Car une justice comprise est une justice respectée.
Conclusion : garder la tête froide dans un monde en ébullition
La justice pénale n’est pas une pièce de théâtre ni un spectacle. C’est un équilibre fragile entre protection de la société, respect des droits fondamentaux et recherche de la vérité.
Dans un monde où tout s’accélère, où l’émotion domine, où l’actualité brûle, il est plus que jamais nécessaire de défendre une justice chevaleresque : courageuse, mesurée, humaine.
