La justice chevaleresque
Le blog de Véronique Fontana

BOL D’OR, BATEAUX ET DÉCIBELS

Retour au blog
05/06/2026 | Articles

Le week-end du Bol d’Or est l’un des plus beaux moments de l’année sur le Léman.

Les voiles ornent l’horizon, les ports s’animent, les terrasses se remplissent et chacun retrouve cette fascination presque enfantine pour les bateaux. Pendant quelques jours, le lac devient le théâtre d’un spectacle unique.

Malheureusement, certains semblent avoir confondu le Léman avec Ibiza.

Il suffit parfois d’une journée ensoleillée pour voir apparaître quelques embarcations à moteur dont les propriétaires semblent convaincus que l’ensemble du bassin lémanique brûle d’envie d’écouter leur playlist. À plusieurs centaines de mètres, les basses font vibrer les fenêtres des riverains, perturbent les pêcheurs, couvrent les conversations et donnent aux mouettes elles-mêmes l’envie de déposer une plainte.

Pourtant, le Léman n’est pas une zone de non-droit.

Beaucoup l’ignorent, mais la navigation est strictement réglementée par des règles communes à la Suisse et à la France. Ces dispositions ne concernent pas uniquement la vitesse ou les priorités entre les bateaux. Elles reposent sur un principe simple : chacun doit pouvoir profiter du lac sans nuire aux autres.

Le droit est parfois moins compliqué qu’on ne le croit.

Aucun texte n’interdit formellement d’écouter de la musique sur son bateau. Heureusement d’ailleurs. Une croisière au coucher du soleil accompagnée d’un peu de musique fait partie des plaisirs de la navigation.

En revanche, lorsque le bateau devient une boîte de nuit flottante et que l’ensemble de la rive est invité au concert sans avoir acheté de billet, les choses changent.

Le respect de la tranquillité publique, la sécurité de la navigation et la courtoisie entre usagers demeurent des obligations qui ne disparaissent pas au milieu du lac.

Le Léman appartient à tous.

Aux navigateurs chevronnés comme aux débutants.

Aux rameurs qui luttent contre le clapot.

Aux pêcheurs qui espèrent enfin attraper autre chose qu’une canette.

Aux familles qui se baignent.

Aux promeneurs qui admirent le paysage.

Et même aux mouettes, qui étaient là bien avant les enceintes Bluetooth.

Le Bol d’Or nous rappelle ce que la navigation a de plus élégant : la maîtrise, le respect des éléments, l’esprit sportif et la convivialité.

À l’inverse, celui qui transforme son bateau en festival itinérant oublie souvent qu’il n’est pas seul sur le lac.

La véritable liberté n’est pas de faire tout ce que l’on veut.

C’est de profiter pleinement de son plaisir sans gâcher celui des autres.

Et la justice chevaleresque aime rappeler une évidence : sur le Léman, certains pensent que la puissance de leurs haut-parleurs leur donne tous les droits.

Heureusement, ni le droit suisse, ni le droit français, ni même le simple bon sens ne naviguent à ce rythme-là.

Car au fond, la noblesse d’un navigateur ne se mesure ni à la taille de son bateau, ni à la puissance de sa sono.

Elle se mesure au respect qu’il témoigne aux autres usagers du lac.

 

* * *

 

Sur le Léman, la liberté de naviguer est un droit précieux. Mais comme toute liberté, elle connaît des limites. Les règles franco-suisses de navigation, les dispositions relatives à l’ordre public ainsi que les principes généraux de respect de la tranquillité d’autrui permettent aux autorités d’intervenir lorsque le comportement d’un plaisancier devient excessif ou perturbe les autres usagers.

Le milieu du lac n’est pas une zone de non-droit. Bien au contraire. Qu’il s’agisse de vitesse, de sécurité, de nuisances ou de comportement, les autorités suisses et françaises disposent de compétences pour faire respecter les règles.

La courtoisie reste toutefois la meilleure des préventions. Car lorsqu’il faut sortir le Code plutôt que le bon sens, c’est généralement que l’on a déjà navigué un peu trop loin.

Commentaires