La justice chevaleresque
Le blog de Véronique Fontana

”Je l’ai enregistré” 

Retour au blog
19/02/2026 | Articles

” Je l’ai enregistré” 

Aujourd’hui, on a tendance à tout filmer ou enregistrer:

Un conflit de couple.

Un échange tendu.

Un supérieur hiérarchique un peu trop nerveux.

Et très souvent, la phrase tombe, fière, rassurante :

« T’inquiète, j’ai tout enregistré.

En droit pénal suisse, enregistrer une conversation privée sans l’accord de l’autre personne peut constituer une infraction.

Et cela, même si : vous participez à  la discussion, vous  estimez avoir raison, vous vouliez “vous protéger” ou que l’autre a été odieux selon vous.

Le Code pénal protège la sphère privée et la parole, pas seulement les gens sympathiques…

Le grand malentendu : “c’est pour me défendre”

C’est l’argument le plus fréquent.

Et le plus dangereux.

« Je ne comptais pas diffuser l’enregistrement. »

Ou « C’était juste une preuve au cas où  »

En pénal, l’intention de se défendre n’efface pas automatiquement l’infraction.

On peut vouloir se protéger et enfreindre la loi.

Les deux ne sont pas incompatibles.

Et devant un juge, ça donne quoi ?

Paradoxe délicieux (et cruel) :l’enregistrement peut être pénalement répréhensible, mais parfois quand même utilisé comme preuve. Tout dépend de la gravité de l’infraction prouvée par l’enregistrement. 

Résultat: vous gagnez peut-être sur le fond, mais vous vous exposez sur la forme

La chevalerie moderne appelle ça : une victoire à double tranchant.

Moralité pénale (version sans filtre)

Avant d’appuyer sur “enregistrer ou filmer ” , posez-vous une seule question :

Suis-je prêt(e) à expliquer ce geste devant un juge ?

Parce qu’en pénal, la meilleure preuve du monde peut devenir…

la preuve contre vous.

La Justice chevaleresque

Le pénal, là où les bonnes intentions ne suffisent pas. 

Commentaires