”Je l’ai enregistré”
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” Je l’ai enregistré”
Aujourd’hui, on a tendance à tout filmer ou enregistrer:
Un conflit de couple.
Un échange tendu.
Un supérieur hiérarchique un peu trop nerveux.
Et très souvent, la phrase tombe, fière, rassurante :
« T’inquiète, j’ai tout enregistré.
En droit pénal suisse, enregistrer une conversation privée sans l’accord de l’autre personne peut constituer une infraction.
Et cela, même si : vous participez à la discussion, vous estimez avoir raison, vous vouliez “vous protéger” ou que l’autre a été odieux selon vous.
Le Code pénal protège la sphère privée et la parole, pas seulement les gens sympathiques…
Le grand malentendu : “c’est pour me défendre”
C’est l’argument le plus fréquent.
Et le plus dangereux.
« Je ne comptais pas diffuser l’enregistrement. »
Ou « C’était juste une preuve au cas où »
En pénal, l’intention de se défendre n’efface pas automatiquement l’infraction.
On peut vouloir se protéger et enfreindre la loi.
Les deux ne sont pas incompatibles.
Et devant un juge, ça donne quoi ?
Paradoxe délicieux (et cruel) :l’enregistrement peut être pénalement répréhensible, mais parfois quand même utilisé comme preuve. Tout dépend de la gravité de l’infraction prouvée par l’enregistrement.
Résultat: vous gagnez peut-être sur le fond, mais vous vous exposez sur la forme
La chevalerie moderne appelle ça : une victoire à double tranchant.
Moralité pénale (version sans filtre)
Avant d’appuyer sur “enregistrer ou filmer ” , posez-vous une seule question :
Suis-je prêt(e) à expliquer ce geste devant un juge ?
Parce qu’en pénal, la meilleure preuve du monde peut devenir…
la preuve contre vous.
La Justice chevaleresque
Le pénal, là où les bonnes intentions ne suffisent pas.
