La justice chevaleresque
Le blog de Véronique Fontana

Vu par WhatsApp” : quand le droit s’invite dans nos conversations privées

Retour au blog
18/02/2026 | Articles

 

Il y a des mots qui font plus de dégâts qu’une lettre d’avocat envoyée en recommandé.

Trois petits caractères, par exemple : “Vu”.

À l’ère de WhatsApp, du message vocal de 2 minutes écouté en accéléré, et du double coche bleu, une question revient parfois (et dans tous les dîners) :

Que se passe t il si on lit sans répondre ?

Et surtout… quelles peuvent être les conséquences juridiques ?

Lire n’est pas répondre (et ce n’est pas une faute)

Commençons par rassurer la chevalerie numérique : lire un message n’oblige juridiquement à rien.

Le droit suisse — contrairement à certaines relations amoureuses — ne sanctionne pas le silence.

Lire un message WhatsApp, un SMS ou un message privé n’équivaut ni à un accord, ni à une promesse,ni à un engagement contractuel.

Même si :

  • vous avez lu,
  • relu,
  • laissé “Vu” pendant trois jours,
  • puis posté une story à ski entre-temps.

Juridiquement, le silence ne vaut pas une acceptation.

Et parfois, c’est même une preuve de sagesse…

Quand le message devient juridiquement sensible

Attention toutefois : tout message n’est pas innocent sous prétexte qu’il est envoyé depuis un canapé.

Un échange écrit peut devenir une preuve lorsqu’il contient :

  • une reconnaissance de dette
  • une acceptation claire (“OK, je prends”, “C’est bon pour moi”)
  • une promesse précise
  • ou une instruction professionnelle

Et là, peu importe que cela passe par WhatsApp, email ou pigeon voyageur : le juge s’en moque.

Ce qui compte, ce n’est pas le support, c’est le contenu.

Le piège moderne : répondre trop vite

À force de vouloir être poli, rapide, disponible, on envoie parfois un “OK ” qui coûte plus cher qu’un long silence.

Car une réponse écrite, même brève, peut

  • créer une apparence d’accord
  • engager une responsabilité
  • être produite devant un tribunal

Moralité chevaleresque :

Mieux vaut un silence stratégique qu’un emoji mal placé.

Conclusion (à méditer avant d’appuyer sur “envoyer”)

Non, le droit ne vous oblige pas à répondre à tout message lu.

Oui, ce que vous écrivez peut vous suivre longtemps.

Et non, le “Vu” n’est pas une preuve de culpabilité — seulement parfois un déclencheur de drames sentimentaux.

En droit comme en amour : tout ce qui est écrit peut être retenu contre vous.

Alors respirez. Relisez. Et, parfois, reposez le téléphone.

La Justice chevaleresque

Quand le droit enlève son armure… mais garde l’épée.

Commentaires