Coupe de cheveux ratée : peut-on refuser de payer son coiffeur ?
Retour au blog
La Foire du Valais organise chaque année un concours de coupe mulet. Vous visez le podium. Vous montrez à votre coiffeur habituel une photo sans ambiguïté : court devant, long derrière, assumé jusqu’au bout. Quarante minutes plus tard, le miroir vous renvoie une raie sur le côté, une nuque nette et un air de gestionnaire de fortune prêt pour le rendez-vous client de 8 h 30.
Pour le concours, c’est fichu. Reste la question du ticket de caisse : 85 francs pour une coupe que vous n’avez pas commandée, est-ce bien à vous de les payer ?
La réponse courte
En principe, non, vous ne pouvez pas simplement partir sans payer. Vous n’êtes pas non plus désarmé. Si la coupe ne correspond pas à ce qui avait été convenu, le droit suisse vous permet d’exiger une retouche gratuite ou une réduction du prix. Le refus total de payer n’est admis que dans des cas graves, et il faut alors être capable de prouver que le résultat ne correspond pas à votre demande.
Une condition passe souvent inaperçue : il faut réclamer tout de suite, sur place, devant le miroir.
Quel contrat passez-vous avec votre coiffeur ?
Quand vous vous asseyez dans le fauteuil, vous concluez un contrat sans signer quoi que ce soit. La doctrine majoritaire y voit un contrat d’entreprise (art. 363 ss CO) : le coiffeur s’engage à livrer un résultat, appelé « l’ouvrage », et vous vous engagez à le payer.
La qualification a des conséquences. Dans un contrat d’entreprise, le professionnel ne promet pas seulement de faire de son mieux, comme le ferait un mandataire. Il promet un résultat. Si ce résultat ne correspond pas à ce qui était convenu, l’ouvrage est défectueux, et la loi vous donne des droits précis.
Une réserve s’impose : aucun arrêt du Tribunal fédéral, à ma connaissance, ne tranche expressément la question pour la coiffure. Certaines prestations voisines, comme des soins esthétiques à caractère médical, peuvent relever du mandat, avec un régime différent.
Qu’est-ce qu’une coupe « défectueuse » ?
Un défaut, au sens juridique, est un écart entre ce qui a été livré et ce qui avait été convenu, ou ce qu’on pouvait raisonnablement attendre d’un professionnel. La déception ne suffit pas.
Trois cas sont à distinguer :
- Le coiffeur n’a pas fait ce que vous aviez demandé. Vous vouliez un mulet, vous repartez avec une coupe de banquier. C’est le cas typique de défaut.
- Le travail est mal fait. Coupe asymétrique sans raison, trou visible, couleur brûlée ou cuir chevelu irrité. Le défaut est objectif.
- Le coiffeur a fait exactement ce que vous avez demandé, mais le résultat ne vous plaît pas. Il n’y a pas de défaut. Le droit protège contre une mauvaise exécution, pas contre un choix capillaire regretté.
Une nuance s’ajoute pour le troisième cas. Si le défaut résulte de vos propres instructions, vous perdez en principe vos droits (art. 369 CO). Le professionnel a toutefois l’obligation de vous avertir lorsque vos instructions mènent manifestement à un mauvais résultat (art. 365 al. 3 CO). Un coiffeur qui exécute sans rien dire une coupe dont il sait qu’elle ne tiendra pas sur vos cheveux ne peut donc pas se retrancher derrière votre demande.
Ce que la loi vous permet d’exiger
L’article 368 CO prévoit trois remèdes, dont la portée varie selon la gravité du problème.
1. La retouche gratuite. Le coiffeur doit corriger son travail à ses frais, si cela reste possible sans dépenses excessives (art. 368 al. 2 CO). Pour une coupe trop longue, la solution est simple. Pour une coupe trop courte, la nature reprend ses droits à raison d’environ un centimètre par mois, et la retouche a ses limites.
2. La réduction du prix. Vous payez moins, en proportion de la moins-value (art. 368 al. 2 CO). C’est souvent le remède le plus réaliste : une coupe partiellement ratée justifie un prix partiellement réduit.
3. Le refus de l’ouvrage, donc de payer. Ce remède est réservé aux cas où le résultat est si défectueux ou si éloigné de la commande qu’on ne peut pas équitablement vous obliger à l’accepter (art. 368 al. 1 CO). Pour une coupe, il s’agit d’un ratage grave et manifeste, pas d’une frange trop courte de quelques millimètres. Le remède est délicat à manier puisqu’on ne peut pas « rendre » une coupe. Il faut donc s’attendre à une discussion, voire à une contestation.
Si le coiffeur a commis une faute et que vous subissez un dommage supplémentaire, comme une brûlure chimique nécessitant des soins, vous pouvez en outre réclamer des dommages-intérêts.
Le piège : « C’est très bien, merci ! »
C’est là que beaucoup de clients perdent leurs droits sans le savoir.
La loi exige que vous vérifiiez l’ouvrage dès que possible et que vous signaliez les défauts immédiatement (art. 367 et 370 CO). Pour une coupe de cheveux, le moment de vérité est le miroir à la fin de la séance.
Si vous dites « super, merci » devant le miroir, puis que vous vous plaignez par e-mail trois jours plus tard d’un défaut parfaitement visible sur place, vous avez juridiquement accepté l’ouvrage. Les défauts apparents sont alors couverts (art. 370 al. 1 et 2 CO).
Il en va autrement pour un défaut qui n’apparaît qu’ensuite, par exemple une couleur qui vire au vert au premier shampoing ou une irritation qui se déclare le lendemain. Vous devez alors le signaler dès que vous le découvrez (art. 370 al. 3 CO). Le délai de prescription est en principe de deux ans (art. 371 CO).
Partir sans payer, est-ce une infraction ?
Contester ouvertement la facture n’est pas une infraction pénale. La « filouterie d’auberge » (art. 149 CP), qui punit le fait de ne pas payer sa note, vise les hôtels, restaurants et établissements analogues. Un salon de coiffure n’en fait pas partie.
Juridiquement, un client qui conteste la facture en expliquant pourquoi se trouve dans un litige civil, pas dans une affaire pénale. Cela ne rend pas le refus de payer sans risque. Si vous ne payez rien et que votre contestation est jugée infondée, le coiffeur peut vous poursuivre pour le montant dû, augmenté des intérêts et des frais.
Concrètement, que faire ?
- Réagissez sur place. Dites clairement, et calmement, ce qui ne correspond pas à votre demande.
- Proposez une solution. Demandez d’abord une retouche, puis une réduction si la retouche est impossible.
- Si vous payez malgré tout, payez « sous réserve ». Précisez oralement, et idéalement par écrit le jour même (un SMS ou un e-mail suffit), que vous payez en contestant le résultat. Cela préserve vos droits.
- Conservez des preuves. Photo de référence montrée au coiffeur, photos du résultat le jour même, témoins éventuels. En cas de litige, c’est à vous de prouver ce qui avait été convenu (art. 8 CC).
- En cas de blocage, la procédure commence en principe devant l’autorité de conciliation de votre canton (art. 197 ss CPC). Pour des litiges jusqu’à 2000 francs, elle peut même trancher l’affaire si le demandeur le requiert (art. 212 CPC). C’est une voie accessible, mais disproportionnée pour une coupe à 85 francs, sauf préjudice réel.
Conclusion
Votre coiffeur doit livrer la coupe commandée, et vous pouvez exiger une correction ou un rabais s’il ne l’a pas fait. Refuser purement et simplement de payer reste l’exception, réservée aux vrais désastres, et tout se joue devant le miroir : un « c’est parfait » prononcé par politesse vaut acceptation. Quant au concours de coupe mulet, il y aura une prochaine édition, et vos cheveux auront repoussé d’ici là.
Sources juridiques
- Code des obligations (CO, RS 220) : art. 363 (définition du contrat d’entreprise), 365 al. 3 (obligation d’avertir), 367 (vérification et avis des défauts), 368 (droits du maître en cas de défauts), 369 (défauts imputables au maître), 370 (acceptation de l’ouvrage), 371 (prescription), 374 (prix à défaut d’accord).
- Code civil (CC, RS 210) : art. 8 (fardeau de la preuve).
- Code de procédure civile (CPC, RS 272) : art. 197 ss (conciliation), 212 (décision de l’autorité de conciliation jusqu’à 2000 francs).
- Code pénal (CP, RS 311.0) : art. 149 (filouterie d’auberge).
- Doctrine : la qualification de la coiffure comme contrat d’entreprise, à vérifier dans un commentaire, par exemple le Commentaire romand CO I ad art. 363.
Une question ? Un problème ? Prenez rendez-vous avec Me Véronique Fontana dès aujourd’hui !
Mots clés: coiffeur, contrat d'entreprise, contrat de mandat
