La justice chevaleresque
Le blog de Véronique Fontana

Photo de groupe sur les réseaux : un clic, des clics, des claques ?

Retour au blog Une personne prend ses amis en photo lors d'une soirée

Qui n’a jamais dégainé son smartphone pour immortaliser un repas entre amis, une fête de famille ou une sortie d’équipe ? En un instant, la photo est prise, et hop, publiée sur les réseaux sociaux. Mais attention, ce geste anodin peut vite devenir un casse-tête juridique. Faut-il vraiment demander l’autorisation de chaque personne sur la photo avant de la partager ? La réponse est oui, et la loi est plus stricte qu’on ne le pense.

Le principe : chacun est maître de son image

En droit suisse, chaque personne dispose d’un « droit à sa propre image ». Ce droit est une composante essentielle de la protection de la personnalité, garantie par l’article 28 du Code civil.

La règle est simple : en principe, une personne reconnaissable ne peut voir son image diffusée ou publiée sans son consentement, sauf motif justificatif.

Publier une photo sur laquelle une personne est reconnaissable, sans son accord, constitue une atteinte à sa personnalité. Peu importe que l’intention soit bonne ou que la photo soit flatteuse. Le simple fait de diffuser l’image sans autorisation est, en principe, illicite.

Le consentement : la clé de la publication

Pour publier une photo de groupe, il faut donc obtenir le consentement de chaque personne identifiable.

Qu’est-ce qu’une personne « identifiable » ? Il suffit que la personne puisse se reconnaître elle-même, ou qu’elle soit reconnue par ses proches (amis, famille, collègues), même si son visage est partiellement masqué ou de profil.

Comment obtenir le consentement ? Le consentement n’a pas besoin d’être écrit. Il peut être « tacite », c’est-à-dire que, dans certaines circonstances, il peut être déduit du comportement de la personne, pour autant que sa volonté apparaisse sans ambiguïté.

Cependant, ce consentement tacite a des limites. Il ne vaut que pour l’usage prévu. Si une personne accepte d’être sur une photo destinée à un groupe WhatsApp privé, cela ne signifie pas qu’elle consent à sa publication sur un profil Instagram public.

Les exceptions : quand le consentement n’est pas nécessaire

Il existe des situations où l’on peut se passer du consentement, mais elles sont rares dans le contexte d’une photo de groupe privée.

Personnes publiques : Les personnalités politiques, les sportifs de haut niveau ou les célébrités doivent accepter une plus grande exposition médiatique. Mais même pour elles, le droit à la protection de leur sphère privée demeure.

Événements publics : Si vous photographiez une foule lors d’un concert ou d’une manifestation, les personnes qui n’y apparaissent que comme « accessoires » (en arrière-plan, non individualisées) n’ont généralement pas leur mot à dire. En revanche, dès que vous cadrez une personne ou un petit groupe de manière ciblée, leur consentement redevient nécessaire.

Intérêt public supérieur : La liberté de la presse peut justifier la publication d’une image sans consentement si l’information est d’un intérêt public majeur. Cette exception ne s’applique quasiment jamais à un particulier publiant une photo de ses vacances.

Que risque-t-on en cas de publication sans accord ?

Une personne dont l’image a été publiée sans son consentement peut agir en justice. Elle peut exiger :

  • Le retrait immédiat de la photo.
  • L’interdiction de la réutiliser à l’avenir.
  • Dans certains cas, des dommages-intérêts ou une somme pour tort moral si l’atteinte est particulièrement grave (art. 28a CC).

Dans certaines situations particulières impliquant une atteinte à la sphère privée, la prise ou l’utilisation d’images peut également avoir des conséquences pénales, notamment au regard de l’art. 179quater CP.

Alors, avant de cliquer sur « Publier », prenez une seconde pour vous poser la question : « Est-ce que tout le monde sur cette photo serait d’accord ? » Un petit message de confirmation vaut mieux qu’une grande explication devant un juge. Après tout, en amitié comme en droit, le consentement, c’est la base !

Besoin d’assistance pour une question juridique ? Prenez rendez-vous avec Me Véronique Fontana dès aujourd’hui !

 







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